© Jorge Chaminé 2018

À PROPOS

Jorge Chaminé vu par Jean-Jacques Lafaye

Dans la galaxie des étoiles du monde lyrique, son nom brille sans relâche, presque discrètement, différemment des autres. Comme s'il fuyait la lumière dont sa voix est habitée. La puissance et l'expressivité du timbre, celui du "baryton le plus raffiné de notre époque", la prestance physique et la présence humaine, une noblesse naturelle qui s'applique avec la même ferveur exigeante dans l'oratorio, le poème avec orchestre, le lied, les chants d’exil et les tangos, le boléro et la chanson tsigane. Il est libre, il embrasse les mélodies et les partitions qui font sens chaque fois qu'il s'en empare, en interprète créateur. Quel instrument plus nu, plus vulnérable que la voix humaine ? Il s'en sert comme s'il voulait changer les cœurs, il la sert comme un croyant, car il est né pour chanter.

Descendant de hautes lignées ibériques, ce Parisien universel est plus qu'un polyglotte lyrique, un esprit de haute culture, un pédagogue par choix, un fondateur de festivals prestigieux, un communicateur de paix toujours disponible lorsqu'une cause l'appelle : les enfants abandonnés ou malades, les réfugiés mal reçus, les jeunes pris dans la guerre, tous ceux que l'harmonie a refusés. Etre musicien, pour lui, c'est plus qu'un métier, plus qu'un don, plus même qu'une vocation : en fait, la chance de servir le Bien dans la compagnie des créateurs éternels. Pas de science plus humaine que la Musique, capable de guérir même les corps. C'est sans le vouloir qu'il a accumulé les reconnaissances, les distinctions de "Personnalité musicale de l'année", de Musicien de la Paix, les présidences du souvenir des grands compositeurs et une haute mission pour Music in Middle East.  Et à Bougival, aux portes de Paris, dans l'amour de Pauline Garcia-Viardot et de Georges Bizet, il couronne son engagement d'artiste et d'homme en créant un Centre Européen de Musique très futuriste.  Pour que la flamme du passé éclaire la vie musicale de demain. Comme si la générosité était la condition de son accomplissement, le secret de sa voix.

Pablo Casals le reconnut enfant, Hans Hotter fut son maître de chant, Yehudi Menuhin son maître d'âme dont la complicité jamais ne lui manqua. Sur les épaules de ces géants il avance, il les continue, il les fait grandir. Ses partenaires, au fil d'une intense carrière à la scène et au concert, sont justement Plácido Domingo, Mirella Freni, Teresa Berganza. Les grands chefs : Ozawa qui le fait débuter à Carnegie Hall, mais aussi Giuseppe Sinopoli, Yehudi Menuhin, Claudio Scimone, Frühbeck de Burgos, Michel Corboz, et Leonard Bernstein trop tard qui voulait lui faire chanter encore et encore le si unique Gustav Mahler. Au royaume de la musique, Jorge Chaminé n'a que des amis.

 

"Je suis infiniment reconnaissante à Jorge qui est pour moi à la fois un fils spirituel, un frère, un conseiller, un ami très cher."

- Teresa Berganza

"A l'aube de la décennie de sa pleine maturité, clémente aux voix graves, quand aucun artifice ne saurait faire obstacle à l'Art, saluons en Jorge Chaminé l'homme et l'artiste, un Grand et un Proche."

- Jean-Jacques Lafaye

Son nom sonne comme une caresse ou une injonction […] Le respect qu'il inspire, j'en puis témoigner, est rare. Et chaque moment passé en compagnie de sa voix, inoubliable. Son empreinte fugace n'est jamais passagère, car ce qu'il touche de son chant prend une couleur, ouvre un horizon, réconcilie et fait découvrir. Brahms, Beethoven, Fauré, et Mozart, et Bach en secret : il ne faut pas chercher à le suivre comme tant d'interprètes spécialisés, il suffit de saisir la chance de l'entendre. Car la voix, plus encore sûrement qu'un instrument palpable, témoigne pour la responsabilité, la force de la conscience, la transmission subtile. Les arcanes de la condition humaine, il sait les traverser sur tous les continents du répertoire. Ses dons multiples loin d'être une entrave, libèrent ses intuitions d'interprète. Un Humaniste spirituel, choisi par la musique pour remplir son destin dans l'épanouissement du partage.

 

A l'aube de la décennie de sa pleine maturité, clémente aux voix graves, quand aucun artifice ne saurait faire obstacle à l'Art, saluons en Jorge Chaminé l'homme et l'artiste, un Grand et un Proche.

© Jean-Jacques Lafaye, 2017